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La mise en scène :
11 directions pour un labyrinthe

1. Prendre le film noir comme référence. Utiliser son intensité visuelle et sa faculté à concentrer un suspense ponctué de moments dextrême violence émotionnelle.
2. Employer une palette réduite sur scène et rendre ainsi le monde en noir et blanc de lexpressionnisme allemand et du film noir. Au sein de ce cadre restreint, saccorder des moments dintense chromatisme créant des contrastes visuels accusés. Utiliser des techniques déclairage extrême pour projeter des ombres et lumières excessives, dessiner ou exagérer les silhouettes.
3. Partir de la distanciation brechtienne et mettre laccent sur ce qui échappe au public. Lui faire sentir quil perçoit seulement la surface de figures complexes, sans avoir accès à leur intériorité souvent contradictoire. Créer ainsi avec le public une relation paradoxale dintimité et dexclusion.
4. Introduire les techniques du montage cinématographique sur scène par lutilisation de noirs soudains et de fondus enchaînés. Construire une rhapsodie de tableaux qui sentremêlent sans temps mort. Souligner le morcellement, lentrelacement et la concomitance des séquences.
5. Mettre laccent sur les rares moments dintense violence et les construire en contrepoint du silence, de lattente et de la suspension. Plus généralement, procéder par sauts et ruptures, et laisser les transitions en point dinterrogation.

6. Faire sentir léclatement du moi et la nature quasi-schizophrène des personnages. Pousser les acteurs à toujours jouer sur plusieurs tableaux simultanés, éventuellement contradictoires.
7. Exploiter le charisme de lanti-héros. Séduire le public, le rendre complice et le placer en position de voyeur complaisant pour mieux le frapper par la violence en scène. Cultiver lambiguïté pour brouiller voire enrayer jugement et identification.
8. Avoir recours dans la direction dacteurs à des mises en situation concrètes et à des images sensorielles. Pousser les comédiens à sexposer et à explorer leurs limites, y compris physiques. Construire le jeu sur tous les plans, et au-delà de la technique de linterprétation « in persona », créer pour chaque personnage un univers mental et charnel.
9. Insister sur le charisme et le magnétisme du personnage principal. Le caractériser par sa présence massive sur scène. Utiliser le silence et en faire surgir par bouffées des visages contradictoires et des personnalités multiples. Le rendre lumineux et opaque.
10. Utiliser les formes géométriques abstraites des gratte-ciel comme toile de fond dune scène dépouillée où napparaissent quune poignée dobjets nécessaires. Elaborer un univers sonore où le réel nest plus quun écho volontairement déformé et partiellement reconnaissable.
11. Disposer dun espace suffisamment vaste pour perdre les personnages et découper des poches dintimité dans un halo noir. Rendre sensible lisolement des êtres dans la jungle des villes et leur dimension miniature par contraste avec leur environ-nement. Faire se croiser les trajectoires, rencontres fortuites et brusques échappées, dans un espace apparemment balisé et pourtant mobile. Miser sur une audience suffisante pour créer un effet de foule, en contrepoint aux errances individuels et à la solitude de lanti-héros.
Gérald Garutti
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